À la guerre comme à la guerre : l’importance des témoins en matière de cyberintimidation

Marie-Josée ArchambaultLa cyberintimidation, on en entend beaucoup parler n’est-ce pas ? Et cela, d’une façon qui bien souvent, donne l’impression au parent moyen dont je suis que ce fléau soit plus exagérément rependu qu’il ne l’est sans doute en réalité!

Et j’avoue que les événements ou incidents rapportés par les médias ont de quoi faire frémir! Et cela, même si le phénomène est probablement sur représenté par rapport à ce qui se passe réellement au quotidien. En ce sens, ces statistiques présentées par l’organisme HabiloMédias dans une étude portant justement sur le sujet (Jeunes Canadiens dans un monde branché). Des chiffres selon lesquels ce sont moins de 37 % des élèves rencontrés qui ont indiqué, lors de cette étude, que quelqu’un avait déjà dit ou fait quelque chose de méchant ou de cruel en ligne et/ou qui les avait rendus mal à l’aise.

Autrement dit, si 63 % des jeunes interrogés ont admis n’avoir jamais été eux-mêmes intimidés, 60 % d’entre eux ont quand même admis avoir été témoins de cyberintimidation au cours des quatre semaines précédant l’étude. Néanmoins, c’est une grande majorité d’entre eux, à 77 %, qui a mentionné n’avoir jamais intimidé qui que ce soit.

Ce sont là bien sur des chiffres qui devraient nous rassurer!

N’en demeure pas moins qu’en tant que parent, nous avons bien souvent le sentiment d’être totalement démunis et impuissants quant aux façons d’intervenir auprès de nos enfants! Personnellement, juste l’idée que ce genre de « fléau » puisse un jour ou l’autre s’abattre sur mon fils ne manque jamais de faire frémir la mère en moi lorsque je m’arrête ne serait-ce que deux secondes pour envisager que cela puisse se produire !

Et pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les moyens de prévenir ce fléau existent. Et plus encore, ceux-ci pourraient s’avérer beaucoup plus simples à mettre en application qu’il ne peut le sembler de prime abord.

Cet automne, une étude menée et rendue publique de concert par TELUS AVERTI, HabiloMédias et PREVNet a démontré que les jeunes, de façon générale, s’opposent à la cyberintimidation. Et que, plus encore et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ceux-ci sont portés à intervenir lorsqu’ils en sont témoins. Cette étude – effectuée auprès de quelques 800 jeunes âgés de 12 à 18 ans – rapportait en effet qu’à l’échelle nationale, 71 % des jeunes qui avaient été témoins d’actes de cyberintimidation disaient être, dans les faits, intervenus. Toutefois, précision qui n’est pas anodine, ces jeunes réclamaient plus de soutien et de conseils de la part de leurs parents quant aux façons d’intervenir.

Clairement donc, en tant que parent, nous avons toutes les raisons d’être optimistes à partir du moment où nous sommes conscients de l’importance de notre rôle en ce qui a trait à la lutte contre la cyberintimidation.

Ainsi, il apparaît évident en consultant les résultats de cette enquête qu’éduquer d’abord les adultes en ce qui a trait aux moyens de prévenir la cyberintimidation pourrait s’avérer clairement gagnant en matière de prévention.

Comme par hasard, une nouvelle parue dans les médias en décembre dernier, m’a semblé venir appuyer les conclusions de cette étude quant à l’importance de dénoncer les actes de cyberintimidation. Si vous l’avez ratée, cette nouvelle racontait que Lynelle Cantwell, une jeune étudiante de l’école secondaire Holy Trinity, à Torbay (Terre-Neuve-et-Labrador) avait découvert avec stupéfaction un lundi matin que son nom figurait dans un sondage anonyme appelé « Les filles les plus laides de HTH ». Ce sondage avait été mis en ligne sur le réseau social ask.fm, un site permettant à n’importe qui de publier des commentaires de façon totalement anonyme.

D’abord en colère, la jeune Cantwell décide toutefois de réagir contre cette publication négative par une publication, la sienne, plus positive. Elle a donc mis en ligne un message sur Facebook pour dénoncer ce « sondage », affirmant notamment qu’elle n’avait peut-être pas le plus beau sourire ou le plus beau visage mais qu’elle était désolée pour lui (l’auteur du sondage en question), et non  pas pour elle.

Surprise, elle découvre par la suite que son message, devenu viral, a été partagé plus de 2000 fois, même par de purs inconnus. Et les réactions ne tardent pas. La jeune fille étant, depuis, bombardée de messages d’encouragement, tant par textos que par téléphone.

Comme quoi, contre toutes attentes, dénoncer ça peut s’avérer gagnant!

Ce qu’un enfant peut faire pour faire cesser l’intimidation

Selon les chercheurs de cette étude, dix secondes, c’est tout ce qu’il faut pour mettre fin à une scène d’intimidation.

Presque rien, convenons-en ! D’où l’importance d’en parler.

Malheureusement, trop d’enfants ont peine à faire la différence entre le fait de dénoncer et de moucharder.

C’est pourquoi aider nos enfants à réfléchir aux possibilités qui s’offrent à eux, le moment venu de dénoncer une situation, peut sans aucun doute s’avérer rassurant pour ces derniers.

Parmi ces façons d’intervenir et dont on retrouve des exemples sur le site internet de PREVNet :

  • Inviter l’enfant qui se fait intimider à nous suivre pour aller jouer ensemble, ailleurs;
  • Être son ami et lui faire comprendre que personne ne mérite de se faire intimider;
  • S’affirmer avec les mots. Dire tout haut que le comportement est inacceptable.
  • Ouvrir la discussion en discutant avec son enfant des situations d’intimidation que l’on présente dans les médias et tenter de voir de quelle façon la personne aurait pu réagir.

Le pouvoir des parents

Finalement, quoi qu’on en pense et selon toute vraisemblance, une majorité de jeunes sera confrontée – que ce soit à titre de victime ou plus vraisemblablement, de témoins - d’actes d’intimidation au moins une fois dans son enfance. C’est pourquoi en tant que parent, il faut être pleinement conscient que l’intimidation n’est pas une étape normale du développement de son enfant. Encore moins un passage obligé de son apprentissage de la socialisation.

Même si une majorité de jeunes sera, un jour ou l’autre, confrontée à ce genre de situation, la vérité c’est que certains d’entre eux sont confrontés à cette violence qui relève de l’abus de pouvoir d’une façon quasi quotidienne. Les répercussions sont malheureusement tout aussi immédiates que tangibles! Mais elles sont tout autant, sinon plus, importantes à long terme, sous la forme de problèmes pouvant aller jusqu’aux troubles mentaux, physiques et sociaux. Inutile donc d’insister sur l’importance de ne jamais banaliser ces événements.

Car clairement, la protection d’un enfant, ça commence par l’intervention d’un adulte. Qu’on se le dise! Et en ce sens, les adultes que nous sommes devons sans aucun doute être plus actifs dans l’habilitation des jeunes à traiter du problème. En contribuant par exemple à éliminer les obstacles perçus et en augmentant leur motivation à intervenir.

Cela peut sembler bien abstrait au premier regard, j’en conviens. Mais ça peut également être aussi simple que de banalement prendre le temps de discuter avec eux des possibles façons d’intervenir lors d’éventuels incidents d’intimidation pour lesquels ils seraient témoins. Les jeunes interrogés pour les fins de l’étude d’HabiloMédias ont d’ailleurs été clairs à ce chapitre. Ceux-ci ayant clairement souligné, dans une proportion de 73 % des répondants,  l’importance de parler de la façon de traiter de la situation avec leurs parents comme étant l’un des moyens parmi les plus utiles quant aux différentes réactions à envisager.

En fouinant sur internet sur le sujet, j’ai été renversée en lisant que selon un chercheur dans le domaine, 60 % des garçons qui avaient intimidé leurs semblables à l’école primaire possédaient un dossier criminel à l’âge de 24 ans.

D’où l’importance primordiale d’insister, dès leur plus jeune âge, sur le pouvoir des actes d’entraide et de gentillesse. Mais surtout, d’éveiller l’empathie de notre enfant en lui montrant d’abord à reconnaître et à nommer ses émotions.

L’étude dont je vous parlais en début de billet est quant à elle accessible dans son intégralité sur internet.

Une mine d’information sur le sujet est par ailleurs disponible en ligne. Parmi ces sources, des documents et fiches-conseils des plus précieux :

Agir correctement face à l’intimidation,

Comment développer l’empathie chez les enfants et les adolescents

Des conseils pour élaborer une entente familiale sur l’utilisation d’internet

Un guide de la cyberintimidation à l’intention des parents

Comment Ne pas faire de tort et devenir un témoin actif 

Parler de sextage avec nos enfants

À l’intention des jeunes, Que faire si quelqu’un est méchant avec toi en ligne

Réfléchissez avant de partager

Des règles d’utilisation des médias sociaux

Et finalement, un guide des ados sur la vie en ligne.

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